Critique : Une colonie, un premier long-métrage de Geneviève Dulude-de Celles

05 juillet 2019 ,

Mylia (Émilie Bierre), prenant son essor dans Une colonie, le premier long-métrage de fiction de Geneviève Dulude-De Celles et lauréat du prix Écran du meilleur film.

Loin de la lueur estivale du premier brasillement douillet, où deux enfants baignent dans leur innocence et, ivres d’espoir, vivent leur premier amour, Une colonie est une approche craintive ; or sous la même lumière ; de ce que veut dire « être adolescent » ; de survivre dans ce monde exotique, aliène : un microcosme transitoire par lequel pourtant toute l’Humanité a traversé, certes, comme un moment fuyant de leur jouvence perdue ; où elle sera à jamais irrecevable : la société prépubère.

Légèrement à la manière d’Olivia (Elsie Fisher), dans Ma huitième année (Eigth Grade) de Bo Burnham, nominé pour les Golden Globes ; Mylia (Émilie Bierre), dans ce que devait être sa douce insouciance adolescente, innocente et enfantine ; vit une soucience incertaine, socialement corrompue ; par des êtres qui ont encore à grandir, apprenant par leurs erreurs la moralité humaine ; une découverte de soi qui, malheureusement, cause certains, errant encore ; cherchant leur place dans cette structure sociale vivante, serpentante ; à souffrir, comme Mylia, qui dans la constriction de cette société, réussi à s’échapper, avant qu’il ne devienne trop tard.

Ce n’est pas sans aide qu’elle se retrouve : elle accoste Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie), sauvage, impulsif, obscurci par l’inconnaissance des autres, de lui ; voilé par les rumeurs, les peurs, d’une population incompréhensive, car, inconnaissante ; mais il tente de se libérer ; se libérer de sa silhouette conditionnée par la société ; se libérer des chaînes qui lui retiennent ; de ces rumeurs innocente, mais indoctes ; ce n’est sans lutte, mais, doté d’une étincelle de sagesse, de stabilité morale ; il se retrouve dans la liberté sauvage que peut offrir la vie, avec Mylia ; baigné dans une amitié pure, qui parfois, avec les haut et les bas de toute relation, est plus forte encore que l’amour juvénile.

Ensemble, ils construisent, et se partagent, leurs impressions du monde, découvrant ce qu’est à la véritable source de la sensibilité humaine : de jaillir de ces castes imposés par la société, pour être irréductiblement soi-même. Ils naviguent ce voyage initiatique, réuni par l’Espoir, incarné par la petite sœur de Mylia, Camille (Irlande Côté), qui a encore le temps, la vie, la confiance en soi, et surtout, un guide : Mylia, qui, pourtant enchaînée par cette expérience d’avoir vécu l’intimidation, tourmentée par l’anxiété sociale, se déchaîne ; et la Sagesse, la grand-mère de Jimmy, source de ce caractère calme que peut avoir Jimmy.

Madame Geneviève Dulude-De Celles

À la fin, Mylia, la vraie Mylia, est immuable : elle affirme son identité, elle perd sa nature craintive, et elle prend son essor, même face à la vie tumultueuse, marquée par des difficultés ; comme la cinéaste, Geneviève Dulude-De Celles, qui avec son premier long-métrage de fiction, récolte des prix à foison, dont le prix Écran du meilleur film, tout en avouant que son parcours n’a pas été facile. Doublement identitaire, comme femme, comme francophone, elle affirme qu’elle est cependant plus chanceuse que certains Autochtones, et que « nous [devrions tous] nous poser des questions sur la position que nous occupons dans la société. »

Une critique de Anlon To, éditorialiste.

 

 

Si vous désirez écouter l’entretien qu’a réalisé Anlon To avec Geneviève Dulude-De Celles, veuillez suivre ce lien.